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[Français] Le seul point intéressant de l’article “Les bobos sont des manipulateurs égoïstes”

i-love-boboIl y a quelques jours cet article sur les “bobo” a été publié sur Slate et m’a interloqué. Tant le contenu que la formulation me gênent. Venant d’un des fondateurs de Slate, je m’attendais à un contenu beaucoup plus pertinent et fouillé.

Cet article en fait est un ramassis d’arguments fallacieux et d’idées préconçues assénées sans analyse. Un seul point intéressant est soulevé, en fin d’article, mais évidement pas du tout étudié en profondeur.

Commençons l’analyse de texte en suivant la progression de l’argumentation:

La ville d’avant-hier était mixte, toutes classes sociales réunies à peu de distance.

Appel à un passé glorieux. C’est un argument très classique, on commence par brosser l’idée que le passé était mieux, qu’avant il n’y avait aucun problème et qu’un élément déclencheur à commencer à introduire un problème de plus en plus grave chaque année.

Cet élément déclencheur étant très probablement Mai 68. Ah, c’était mieux avant.

Est venue l’économie industrielle, les ouvriers ont été envoyés dehors, loin, les cadres conservant le centre. […] Vient la troisième phase urbaine avec les services et l’économie de la connaissance, qui affiche une grande différence avec la précédente: son activité utilise moins d’espace, elle n’a aucun rapport avec les usines, ni avec les grands immeubles de la bureaucratie de l’économie industrielle. Les cadres de cette économie constituent la «bourgeoisie bohème», dite bobo.

Le sujet est amené et le terme “Bobo” et défini comme un cadre de l’économie de la connaissance. Admettons, ce sera important pour la suite.

Ils n’ont aucun besoin d’effectuer des trajets vers la périphérie. «[…], les bobos sont prêts à sacrifier les infrastructures de transport et à réallouer l’espace libéré vers des usages plus récréatifs et festifs», note l’économiste Gilles Saint-Paul, […].

Entendre par là que le “bobo” privilégie le vélo et les transports en commun, à la voiture. L’auteur a sélectionné une citation d’un économiste, soulignant bien sûr le souhait du Bobo de sacrifier la voiture. Vélo et métro ne demandent donc pas d’infrastructures. Ce qui est, raisonnablement, totalement faux. Pour l’auteur, il n’y a d’infrastructure qui ne vaille en ville que le bitume de la route.

On comprend mieux la volonté acharnée de la maire de Paris de fermer la voie Pompidou malgré les avis contraires. L’objectif d’Anne Hidalgo n’est en rien d’abaisser la pollution intramuros, il est tout simplement de satisfaire ses électeurs, les Parisiens bobos qui ont votés pour elle.

Oui, on appelle ça la démocratie. Les électeurs élisent des politiques et le minimum que l’on puisse être en droit d’attendre d’eux c’est qu’ils appliquent leur programme.

On ne peut pas critiquer d’un côté lorsque les politique une fois élus n’appliquent pas leur programme, et en même temps critiquer quand il le font ! Si tel est le cas, c’est que le problème ne vient pas du politique.

La voiture, ils n’en ont aucunement besoin, ils veulent des espaces ludiques.

Et des transport en communs 24h/24. Si si, je vous jure, si j’avais une garantie de service 24h/24, je ne prendrais plus ma voiture pour bon nombre de trajet.

Que la fermeture de la vois Pompidou pollue finalement plus que moins, qu’importe, là n’est pas l’objectif premier.

Aie aie aie. Tout d’abord sur la forme. Voyez comment l’argument est asséné sans aucune mesure? Il n’y a pas de formulation nuancée comme par exemple: “Dans un premier temps la fermeture de la voiE (orthographe!) engendre une augmentation de la pollution dans les quartier aux environs. Nous verrons demain et dans les prochaines semaines si cette pollution diminuera”.

Non, il est affirmé sans retenu que fermer une route provoque une augmentation de la pollution, ad-vitam eternam.

Néanmoins, un explication plus subtile s’impose: le pari, de la marie de Paris, est que cette fermeture va provoquer une gène des conducteurs qui se redirigeront pour partie vers un contournement (d’où un déplacement simple de la pollution, au pire une augmentation du fait de trajet plus long, sur cette fraction de conducteur), mais également, pour une grande majorité de personne qui prenaient avant leur véhicule, une redirection vers les transports en commun.

Nous sommes face à un aléa moral terriblement classique: plus les transports sont facilité, plus l’attrait de la voiture individuelle est grande (et terriblement pratique), mais plus il y a de congestion au fur et à mesure que le nombre d’agent économique décidant de se doter d’une voiture individuelle augmente.

Et plus on augmentera les capacités d’accueil en véhicule en centre ville, plus il y en aura! Et donc une pollution plus importante là où il y a peu de circulation d’air, beaucoup d’école, de piéton, de personnes agés.

Il convient de bien comprendre ce cercle vicieux pour bien comprendre que, mécaniquement, faciliter le trajets des véhicules polluants et individuels en ville ne peut pas être une solution à la pollution, malgré le fait que, oui, paradoxalement, le contournement cause plus de pollution, les bouchons causent plus de pollution. C’est sur la gène des utilisateurs que se basera la baisse du nombre de véhicule en centre ville et in-fine, la baisse de la pollution en centre-ville.

Oui, c’est compliqué, oui, c’est embettant pour les personnes qui n’ont d’autre choix que de prendre leur véhicule, et oui cela doit être accompagné par un projet de transport en commun bien plus important que ce qui est le cas actuel, même à Paris.

C’est un choix de société, et il semblerait que ce soit ce que les parisiens décident collectivement en ayant élu Mme Hidalgo.

«Nouvelle couche sociale» à défaut de représenter une classe, les bobos se définissent par «des options marquées à gauche, le rejet des codes sociaux traditionnels de la classe dirigeante (automobile, pratique religieuse, formalisme vestimentaire…), un goût marqué pour l’écologie et une volonté de réinventer la ville afin d’y promouvoir la convivialité et l’échelle humaine». Peu à peu, avec la tertiarisation de l’économie, ils supplantent les cadres d’hier.

Ils veulent mieux vivre en ville. Les criminels !

La boboïsation, en cours, peut être mesurée à partir du développement des Vélib et des tramways entre 2007 et 2012 car celui ci est étroitement parallèle avec la part d’emploi dans les secteurs de la nouvelle économie, l’augmentation des emplois dans les services aux ménages et la hausse des prix de l’immobilier. Lyon, Toulouse, Nice, Strasbourg comptent dans les villes conquises. Paris, Marseille, Lille ne sont encore qu’au stade intermédiaire.

Une phase de cohabitation des bobos et des cadres peut exister.

Le bobo n’est plus un cadre? Comment peut-on changer de définition sans prévenir?

Je vais aider le lecteur. À partir de maintenant un bobo est sans doute un musicien/philosophe sans le sous, un soixante-huitard hippie (ou fils de) qui habite en centre ville et mange bio.

Et pire que tout de plus en plus il serait Vegan et sensible à la condition animale.

Ces derniers ont souvent des revenus plus élevés que les bobos, ils peuvent rester en centre ville. Mais arrive le moment où le coût du trajet (en temps et argent) du centre vers la banlieue devient si élevé que le cadre préfère lui aussi s’excentrer.

[…] Les salariés peu qualifiés des activités de service, renvoyés loin, doivent eux aussi payer cher pour faire le trajet vers le centre. Ils se dédommagent en élevant leurs prix.

Oui ce problème s’appelle la gentrification des centres ville, qui redeviennent “cool” et attirant, qui se traduit par des installation de bar à la carte à prix prohibitif, bar à céréales, et même d’une vie nocturne dans un quartier précédemment mort. Attention à ne pas confondre cause et conséquence. Le développement de ce quartier est une conséquence de l’installation d’agent économique faisant des choix différents que les autres (ex: privilégier l’éducation à base de jouet en bois acheté dans le petit magasin du quartier au lieu de PS4 acheté au centre commercial). Bref, le bobo est directement responsable de cette terrible situation où des petits commerçants peuvent s’installer et vendre des produits de qualité.

Ainsi que d’une augmentation du prix de l’immobilier dans ces quartiers. Tout dépend de quel coté l’on se situe, selon que l’on est propriétaire ou pas, c’est une bonne ou une mauvaise chose.

En tout cas, mécaniquement, c’est ce qu’il se passe.

Les bobos qui, somme toute ne gagnent pas des fortunes, utilisent alors les politiques de mixité sociale pour faire habiter à côté de chez eux ces travailleurs qui leurs sont indispensables.

Quand je vois les réactions des habitants de quartier (les bobo, donc) à chaque programme social, je vous assure que non, ce ne sont pas les habitants (bobo et autre) qui demandent que les pauvres soient place à côté d’eux.

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L’auteur doit vraiment réaliser que la plupart des gens veulent un espace agréable où vivre c’est normal. Vous avez même cette pétition pour pas que Tournefeuille, une ville à coté de Toulouse, se transforme en Tournebéton.

Alors, ce point rejoint une idée que j’aimerais développer dans un prochain article, sur l’ambiguïté des positions des habitants: oui pour des services publiques, oui pour que mon quartier accueille des beaux espaces verts, des crèches, écoles, mais déjà, pas trop proche de mon jardin (voir NIMBY), et surtout pas trop de monde autour de moi.

[…] La ville bobo se «bunkérise» ainsi, elle s’enferme, exactement comme les château d’autrefois, les serviteurs vivent sur place dans les combles.

Au début l’auteur rappelait un passé idéal où la mixité sociale au sein de la ville était de mise, et maintenant cette mixité est une “bunkerisation”, donc négative ?

Gilles Saint-Paul, qui aime sans doute se faire des ennemis, va encore plus loin dans la critique à l’acide sulfurique des villes bobos.

Phrase purement rhétorique: Métaphore (“acide sulfurique”) et appel à l’autorité (d’un économiste reconnu mondialement?).

Attention le dernier paragraphe est gratiné, l’auteur se lâche !

Il se demande pourquoi des biens publics très utiles restent rationnés,

“Rationné”, comment ça “rationné”? Est-ce que l’auteur peut définir ce qu’il entend pas là? Il y a moins de biens publics par personne (c’est la définition de rationnement)?

L’auteur dénonce peut-être par là le manque de moyen de l’école ou des autres bien publics?

comme des activités hors scolarité pour les enfants (musique, culture)

Quelle honte de vouloir que ces enfants se cultivent et fassent de la musique!

ou même comme l’enseignement général: l’école rationnée devient une machine de reproduction de classe.

Est-ce à cause des bobo ou à cause de restriction budgétaires ou de choix de programme sdélirants imposés par l’état? Ou ces restrictions sont en fait demandés à tord et à travers par les Bobo? Rien n’est dit pour appuyer cet argument. C’est lancé à l’emporte pièce. Du vent.

L’explication de l’économiste est terrible: les bobos se distinguent par des horaires souples,

D’abord, on remarque que le début de l’article est plus contenancé que la fin, où l’auteur utilise des mots plus durs, plus tranchants, tel que “terrible”, “acide”. Ce sont des effets de style qui appuie sa colère, mais n’explique en rien la raison précise de sa colère. Puis-ce qu’il ne le dit pas, je vais tenter de deviner: les Bobos sont des criminels, ils ne sont pas des moutons du travail métro-boulot-dodo. Ce sont eux qui ont perverti les mariages des bons chrétiens avec cette invention terrible: le 5 à 7.

ils peuvent faire la queue pour obtenir l’avantage des services rationnés.

J’ai vraiment du mal à trouver un sens à ce dernier paragraphe. Il n’y a rien, que du vent et des assertions lâchées sans preuve, sans aucun argument.

Flexible ou faire la queue? Quand on fait la queue c’est que beaucoup de monde est au même endroit en même temps. Si une personne est flexible sur ses horaires, elle a tout intérêt à en profiter pour sortir de son travail en heure creuse pour aller chercher un colis ou faire une course, pour éviter justement de faire la queue. Ce serait donc la masse des gens aux horaires flexibles qui imposerait ces horaires flexibles aux services publiques, pour ainsi pénaliser ceux qui n’ont pas cette flexibilité? On touche du doigt un point intéressant… on y arrive.

Il a pourtant été démontrer que les queues en centre commerciaux les samedi matins étaient dûes à un tout autre phénomène.

Ils ont objectivement intérêt à maintenir un statu quo et à ne pas révolutionner le système pour que tout le monde puisse en profiter:

Des conspirateurs, ces bobo !

Humour mis à part, toujours aucune explication, aucun argument sur son point de vue. On est dans le mitraillage d’opinion, sans nuance, sans analyse, sans réel argument. Et pourtant il y a quelque chose d’intéressant dans le fond.

ils perdraient le capital culturel exclusif qu’ils transmettent à leurs enfants.

Enfin, LE point intéressant de tout cet article! Les bobo n’auraient pas intérêt à ce que l’école, notamment, donne les bases culturelles à tous les enfants, car eux, les bobo, auraient la capacité matérielle (temps et espace à la maison) et culturelle pour le faire avec leur propres enfants, ce qui donnerait à ces enfants un avantage sur une famille qui n’a pas cette change, d’ouvrier par exemple, famille dont les deux membres travaillent toute la journée et qui doivent perdre énormément de temps dans les transports.

Voilà le réel point de vue de l’auteur sur les bobo, que l’article aurait pu approfondir, expliquer, car il était véritablement intéressant à saisir, à et décortiquer. Mais raté, c’est l’heure de la fin de l’article.

Comme la charité, la convivialité bobo bien ordonnée commence par soi même.

Fin navrante. No comment.

Conclusion

La gentrification des villes est un phénomène étudié et réétudié, qui appelle effectivement à une prise de conscience et à prendre parfois des mesures. Est-ce bien, est-ce mal, dûr à dire. Les épiceries fines qui s’installent dans un quartier sont un signe que les habitants souhaitent autre chose que le consumérisme pur et dur. Le renouveau des circuits courts, des paniers de légume, des marchés, tout celà est plutot positif. En quoi est-ce mauvais de vouloir avoir des quartier agréable à vivre?

Que cette gentrification soit dûe exclusivement à ces Bobos parisiens (dont la définition est mouvante au sein même d’un article d’un convaincu!) est discutable. Mais les politiques sont conscients de ce phénomène, leurs électeurs aussi, et font ainsi des choix pour modeler son impact.

Par exemple la limite des loyers à Paris, qui ressemble plus à un traitement sur la conséquence, l’augmentation des prix, que sur la cause réelle, par exemple, un manque de foncier, et de mauvais transports urbains, certes très développés à Paris mais qui s’altèrent grandement des que l’on passe le périphérique. Ce qui provoque le fait que tout le monde veuille vivre au même endroit. Ce problème est récurent et se pose dans toutes les villes, encore plus une mégalopole comme Paris.

Mais mettre tous ces problèmes sur ces cadres de l’économie de la connaissance… franchement, c’est une vision trop simpliste de ce problème.